Planter des fraisiers remontants est l’assurance de pouvoir déguster de savoureuses fraises de votre propre jardin pendant plusieurs mois. Contrairement aux variétés non remontantes qui ne produisent qu’une seule fois au printemps, les fraisiers remontants offrent l’avantage exceptionnel de fructifier en deux vagues principales, voire de façon continue si les conditions sont optimales, du mois de juin jusqu’aux premières gelées d’automne.
Cependant, pour obtenir des plants vigoureux, résistants aux maladies et capables de soutenir cette production prolongée, la phase de plantation est absolument cruciale. Le choix de l’emplacement, la préparation du sol, la technique de mise en terre et les premiers soins conditionnent la réussite de votre fraiseraie pour les années à venir. Dans ce guide exhaustif, nous allons détailler chaque étape pour vous permettre de réussir cette culture gourmande et gratifiante en adoptant des méthodes entièrement biologiques et respectueuses de l’environnement.
Comprendre la particularité des fraisiers remontants
Avant de mettre les mains dans la terre, il est essentiel de bien comprendre ce qu’est un fraisier remontant. Le terme “remontant” en botanique signifie qu’une plante est capable de fleurir et de fructifier plusieurs fois au cours d’une même saison de croissance.
Le cycle de production
Un fraisier remontant typique (comme les variétés Mara des Bois, Charlotte, Maestro ou Ostara) va produire une première récolte généreuse en mai-juin, faire une légère pause pendant les fortes chaleurs de juillet (bien que certaines variétés continuent de produire faiblement), puis entamer une seconde floraison à la fin de l’été pour offrir une nouvelle vague de fruits de la fin août jusqu’en octobre. Cette physiologie particulière demande à la plante énormément d’énergie. C’est pourquoi le sol doit être particulièrement riche et l’arrosage très régulier.
Les meilleures variétés remontantes pour un potager bio
| Variété | Caractéristiques gustatives | Résistance aux maladies | Rendement |
|---|---|---|---|
| Mara des Bois | Goût de fraise des bois très prononcé, très parfumée. | Moyenne, nécessite une bonne aération. | Moyen à bon. Idéale pour les gourmets. |
| Charlotte | Très sucrée, chair ferme, forme de cœur. | Excellente résistance naturelle. | Très bon. Parfaite pour la culture bio. |
| Maestro | Gros fruits, juteux et savoureux. | Très bonne résistance globale. | Excellent. Une des plus productives. |
| Ostara | Chair fondante, bon équilibre sucre/acidité. | Bonne rusticité. | Bon rendement continu. |
| Anaïs | Parfum très intense, fondante en bouche. | Bonne résistance à l’oïdium. | Production régulière jusqu’aux gelées. |
Quand planter les fraisiers remontants ?
Le timing est une des clés du succès. Les fraisiers remontants peuvent théoriquement être plantés au printemps ou à l’automne, mais chaque saison présente des avantages distincts.
La plantation d’automne : le choix idéal
Dans la majorité des régions, la période idéale se situe entre fin août et fin octobre. La terre est encore chaude des mois d’été, ce qui favorise un enracinement rapide et profond avant l’arrivée du froid. Les plants auront ainsi tout l’hiver pour s’installer confortablement et seront prêts à produire abondamment dès le printemps suivant. De plus, les pluies automnales limitent les besoins en arrosage.
La plantation de printemps : possible sous conditions
Si vous avez manqué le coche de l’automne, vous pouvez planter vos fraisiers remontants de mars à mai. Toutefois, la première récolte de juin sera généralement très faible, la plante concentrant son énergie sur le développement de ses racines plutôt que sur ses fruits. Il est même souvent recommandé de couper les premières fleurs des plants installés au printemps pour fortifier le pied en vue de la récolte de fin d’été.
Préparation du sol : la fondation de votre fraiseraie
Le fraisier est une plante de sous-bois à l’origine. Il aime les sols riches en humus, légers, frais mais bien drainés, et légèrement acides (pH idéal entre 5,5 et 6,5). Il redoute le calcaire excessif et l’humidité stagnante qui favorise la pourriture des racines.
Le nettoyage et le décompactage
Commencez par désherber soigneusement la parcelle. Le fraisier a un système racinaire superficiel et supporte mal la concurrence des adventices. Utilisez une grelinette ou une fourche-bêche pour aérer le sol en profondeur sans retourner les différentes couches (une règle d’or en permaculture pour préserver la vie du sol). Si votre terre est très argileuse et lourde, profitez de cette étape pour incorporer du sable de rivière afin d’améliorer le drainage.
L’enrichissement organique
Les fraisiers remontants sont très gourmands. Un mois avant la plantation (si possible), apportez une généreuse couche de compost bien décomposé ou de fumier mûr (environ 3 à 4 kg par mètre carré). Vous pouvez également ajouter de la cendre de bois (en très petite quantité car elle contient du calcium) pour son apport en potasse, essentiel pour le développement des fruits, ou de la poudre de corne broyée pour une libération lente d’azote.
Les étapes de la plantation pas-à-pas
Une fois le sol prêt et la bonne période choisie, il est temps de passer à la mise en terre de vos plants.
1. La préparation des plants
Si vous avez acheté des plants en godets, plongez-les quelques minutes dans une bassine d’eau à température ambiante jusqu’à ce que plus aucune bulle d’air ne s’en échappe. Cette étape, appelée le bassinage, garantit que la motte est bien gorgée d’eau. Si vous plantez des fraisiers à racines nues (souvent vendus en automne), pralinez-les : trempez les racines dans un mélange boueux de terre, d’eau et de compost pour favoriser la reprise. Avant de planter, n’hésitez pas à habiller les plants à racines nues en coupant le tiers inférieur des racines et en supprimant les feuilles mortes ou abîmées.
2. Le tracé et l’espacement
L’aération est vitale pour éviter le développement de maladies cryptogamiques comme le botrytis (pourriture grise). Espacez les plants d’environ 30 à 40 cm sur la ligne, et laissez 40 à 50 cm entre chaque rang. Si votre sol est lourd et retient l’eau, envisagez de planter sur de petites buttes de 10 à 15 cm de haut.
3. La mise en terre et le positionnement du collet
C’est l’étape la plus critique de la plantation des fraisiers. Creusez un trou suffisamment large pour accueillir la motte ou étaler les racines sans les recourber.
La règle d’or du collet : Le collet est la zone de transition entre les racines et les feuilles (le point d’où partent les tiges). Il doit affleurer exactement au niveau du sol.
- S’il est enterré, le cœur du fraisier va pourrir et la plante mourra.
- S’il est trop haut, les racines superficielles vont se dessécher au soleil.
Placez le plant, ramenez la terre fine autour des racines, et tassez légèrement avec les mains pour assurer un bon contact entre la terre et les racines.
4. Le premier arrosage
Même si le temps est à la pluie, arrosez copieusement au pied de chaque plant immédiatement après la plantation. Cela permet de tasser naturellement la terre autour des racines et d’éliminer les poches d’air souterraines.
Le paillage : le secret d’une fraiseraie réussie
Le mot anglais pour fraise, “strawberry” (littéralement “baie de paille”), rappelle l’importance capitale du paillage pour cette culture. En bio, pailler ses fraisiers n’est pas une option, c’est une nécessité absolue.
Pourquoi pailler les fraisiers ?
- Conserver l’humidité : Le paillage limite drastiquement l’évaporation, gardant la terre fraîche pendant l’été.
- Protéger les fruits : En isolant les fraises du contact direct avec la terre humide, vous évitez qu’elles ne se salissent et ne pourrissent.
- Empêcher les mauvaises herbes : Une couche épaisse bloque la lumière et empêche la germination des adventices.
- Nourrir le sol : En se décomposant, les paillages organiques enrichissent progressivement la terre.
Quel paillage choisir ?
La paille de blé ou d’avoine est le paillage traditionnel par excellence. Elle laisse bien circuler l’air. Les aiguilles de pin sont également excellentes, car en plus d’isoler les fruits, elles acidifient légèrement le sol en se décomposant, ce qui plaît beaucoup aux fraisiers, et leur texture rebute certaines limaces. Les tontes de gazon séchées peuvent être utilisées en couches fines, de même que le BRF (Bois Raméal Fragmenté) appliqué avec parcimonie pour ne pas provoquer de faim d’azote. Vous pouvez installer le paillis juste après la plantation, en veillant à ne pas étouffer le cœur des plants.
Les cultures associées (Compagnonnage)
En permaculture, l’association des cultures est primordiale pour optimiser l’espace, repousser les nuisibles et favoriser la croissance. Les fraisiers ont des amis et des ennemis au potager.
Les bonnes associations :
- L’ail, l’oignon et le poireau : L’odeur de ces alliacées repousse de nombreux insectes ravageurs et leurs propriétés fongicides naturelles aident à lutter contre la pourriture grise.
- Le thym et la ciboulette : Ils attirent les pollinisateurs indispensables pour obtenir des fruits bien formés.
- Le souci et l’œillet d’Inde : Ces fleurs éloignent les nématodes du sol et attirent les insectes auxiliaires (comme les syrphes dont les larves mangent les pucerons).
- L’épinard ou la mâche : Leurs racines superficielles ne concurrencent pas celles du fraisier.
Les mauvaises associations : Évitez de planter vos fraisiers à proximité des choux (qui nécessitent un sol différent et beaucoup d’azote) et gardez-les éloignés de la famille des Solanacées (tomates, aubergines, pommes de terre) qui peuvent transmettre des maladies comme le verticillium.
L’entretien des fraisiers remontants la première année
L’année de la plantation nécessite une attention particulière pour garantir la longévité de votre fraiseraie (qui peut produire pendant 3 à 4 ans avant de devoir être renouvelée).
- Gestion de l’arrosage : Le sol doit rester frais mais jamais détrempé. Arrosez régulièrement, surtout pendant les périodes chaudes, en veillant toujours à arroser au pied et sans jamais mouiller le feuillage pour éviter l’oïdium et les champignons. L’installation d’un système de goutte-à-goutte sous le paillage est l’idéal.
- Suppression des stolons : Les fraisiers produisent des tiges rampantes (stolons) au bout desquelles se forment de nouveaux petits plants. Sur des variétés remontantes nouvellement plantées, il est crucial de couper systématiquement tous ces stolons. Ils épuisent inutilement la plante mère qui doit consacrer toute son énergie à son enracinement et à la production de fruits.
- Surveillance des nuisibles : Les limaces et les escargots raffolent des fraises. Privilégiez des méthodes biologiques : ramassage manuel le soir, pièges à bière, barrières de cendres (à renouveler après la pluie) ou introduction de nématodes auxiliaires. Contre les pucerons, une pulvérisation de savon noir sera très efficace.
En suivant ces étapes scrupuleuses de plantation, vos fraisiers remontants vous récompenseront par des récoltes généreuses et étalées dans le temps, offrant des fruits au goût incomparable, bien supérieurs à ceux du commerce. La patience et le soin apportés lors de la préparation du sol et de la mise en terre sont le secret des jardiniers comblés.