Pourquoi intégrer une mare dans son jardin en permaculture ?

L’eau est l’essence même de la vie. En permaculture, la création d’un point d’eau, même de petite taille, est considérée comme l’un des aménagements ayant le plus fort impact sur l’équilibre écologique globale du jardin. Une mare naturelle n’est pas une piscine ni un bassin d’ornement aseptisé avec des pompes et des filtres électriques ; c’est un écosystème vivant, autonome, qui s’équilibre de lui-même.

Les multiples fonctions de la mare

En respectant le principe permacole selon lequel chaque élément doit remplir plusieurs fonctions, voici les rôles de la mare :

  1. Aimant à biodiversité : Dès sa mise en eau, elle attire libellules, grenouilles, crapauds, tritons, oiseaux et hérissons. Ces animaux sont les meilleurs prédateurs naturels contre les ravageurs du potager (limaces, pucerons, moustiques).
  2. Régulation microclimatique : La masse d’eau accumule la chaleur le jour et la restitue la nuit, atténuant les gelées autour d’elle. L’évaporation rafraîchit l’air en été.
  3. Réservoir d’eau : En cas d’extrême urgence, elle peut servir de réserve d’eau pour l’arrosage, bien que ce ne soit pas sa fonction première.
  4. Production de biomasse : Les plantes aquatiques à croissance rapide peuvent être récoltées pour servir de paillage riche en minéraux pour le potager.

Étape 1 : Choix de l’emplacement et design

Une mare mal placée deviendra rapidement un bourbier nauséabond. Le choix de son emplacement est crucial.

  • Ensoleillement : La mare a besoin de lumière pour que les plantes aquatiques (qui oxygènent l’eau) se développent, mais trop de soleil en été favorisera l’explosion d’algues vertes. L’idéal est un ensoleillement de 5 à 6 heures par jour, avec une zone ombragée l’après-midi.
  • Éloignement des grands arbres : Évitez de placer la mare juste sous un grand arbre (feuilles mortes en automne qui asphyxient l’eau, et racines qui peuvent percer la bâche).
  • La topographie : Placez-la idéalement dans un point bas de votre terrain pour recueillir naturellement les eaux de ruissellement.

Le profil de la mare (très important !)

Une mare naturelle ne doit pas avoir des bords abrupts (comme un seau). Elle doit présenter un profil en pente très douce, en escalier, créant différentes zones de profondeur.

  1. La zone marécageuse (0 à 10 cm) : Pente très douce. C’est l’accès indispensable pour que la faune (hérissons, oiseaux) vienne boire sans se noyer.
  2. Le palier intermédiaire (10 à 30 cm) : Pour les plantes émergentes (iris, joncs).
  3. La zone profonde (60 cm à 1 mètre ou plus) : Indispensable pour que l’eau ne gèle pas totalement en hiver, permettant à la faune aquatique de survivre au fond, et pour garder une eau plus fraîche en été.

Étape 2 : Le terrassement et l’étanchéité

  1. Le creusage : Marquez les contours à l’aide d’un tuyau d’arrosage ou de farine. Creusez en respectant les différents paliers (escaliers). Retirez soigneusement toutes les pierres coupantes et les racines qui dépassent.
  2. La couche de protection : Pour protéger l’étanchéité, étalez une fine couche de sable fin au fond, ou utilisez un feutre géotextile très épais (vous pouvez aussi utiliser de vieux tapis, de la moquette, des couvertures ou des cartons).
  3. L’étanchéité (la bâche) : C’est souvent l’élément le plus coûteux. Fuyez le PVC qui devient cassant au soleil avec les années. Préférez l’EPDM (caoutchouc synthétique). C’est très résistant, élastique, garanti sans produits toxiques et durable sur des dizaines d’années.
    • Alternative naturelle : Si votre sol est extrêmement argileux, vous pouvez envisager une étanchéité naturelle en compactant de l’argile (technique du “gley”), mais cela demande un travail physique colossal.
  4. La pose : Étalez la bâche par une journée ensoleillée (elle sera plus souple). Laissez l’eau de remplissage (idéalement de l’eau de pluie ou de l’eau du robinet que l’on laissera reposer) plaquer naturellement la bâche au fond, sans la tendre.

Étape 3 : L’aménagement des berges et la végétalisation

C’est ici que l’écosystème prend vie. Cachez la bâche apparente sur les bords avec des pierres plates, des rondins de bois, ou du gravier sur les zones en pente douce. L’esthétique de la mare dépend de la dissimulation de la bâche.

Les plantes aquatiques : les poumons de la mare

L’équilibre de l’eau (une eau claire sans algues vertes) dépend à 100% des plantes. Vous devez introduire trois types de plantes :

Type de planteRôle principalExemplesProfondeur
Plantes oxygénantesProduire de l’oxygène et absorber les nutriments dissous sous l’eau.Élodée, Cératophylle, PotamotImmergées (-30 à -80cm)
Plantes à feuilles flottantesFaire de l’ombre à l’eau, limitant le réchauffement et les algues.Nénuphar, Lentilles d’eau (attention, prolifèrent vite)Racines au fond, feuilles en surface
Plantes épuratrices / de bergeFiltrer l’eau grâce à leurs racines puissantes, refuge pour amphibiens.Iris d’eau, Menthe aquatique, Massette (Typha)Berge et faible profondeur (0 à -20cm)

Installez les plantes dans des paniers ajourés spécifiques, remplis de terre argileuse et de gravier en surface (pour ne pas que la terre s’échappe). N’utilisez jamais de terreau, qui apporterait trop de matière organique et déclencherait une invasion d’algues.

Étape 4 : L’évolution naturelle

Surtout, n’introduisez pas de poissons ! (Sauf si vous créez un grand étang). Dans une petite mare, les poissons rouges ou carpes koï vont tout manger (œufs de grenouilles, larves de libellules, têtards) et bouleverser la chaîne alimentaire, rendant l’eau trouble à cause de leurs déjections.

Soyez patient. Les premières semaines, l’eau va devenir verte à cause des algues monocellulaires. C’est normal ! Laissez faire la nature. Dès que les plantes aquatiques commenceront à se développer et que les premiers insectes mangeurs d’algues arriveront (les daphnies), l’eau s’éclaircira d’elle-même. Les grenouilles et libellules coloniseront la mare toutes seules en quelques mois. L’équilibre est en marche !