Oubliez les lianes féroces, envahissantes et douloureuses de la mûre sauvage (la ronce commune) qui s’agrippent à vos vêtements lors des promenades en forêt. Grâce au travail des sélectionneurs horticoles, il est aujourd’hui possible d’accueillir au jardin le délicieux parfum sauvage de la mûre sans subir la punition des épines.
Le mûrier grimpant sans épines (souvent issu d’hybrides du genre Rubus fruticosus) est une plante extraordinairement vigoureuse et généreuse. Une fois bien installé, un seul pied mature peut produire entre 10 et 20 kilos de gros fruits noirs, sucrés et juteux de la fin juillet à septembre. Cependant, cette vigueur végétale débordante (certaines tiges peuvent pousser de 4 mètres en une seule saison !) exige de la part du jardinier une gestion rigoureuse de l’espace par un palissage solide et une taille adaptée. Sans cet encadrement, votre jardin se transformera rapidement en jungle impénétrable. Voici le mode d’emploi pour maîtriser l’entretien de votre mûrier sans épines en respectant les principes de la permaculture.
Plantation et exigences de culture
Bien qu’il s’agisse d’une ronce “domestiquée”, le mûrier conserve la rusticité et l’adaptabilité de ses ancêtres sauvages.
Emplacement et exposition
Le mûrier est peu exigeant, mais son comportement varie selon l’exposition :
- Au soleil : C’est l’idéal pour obtenir des fruits très gros, gorgés de sucre et précoces. Toutefois, dans les régions du sud très arides, un soleil brûlant l’après-midi peut dessécher les fruits sur la liane.
- À mi-ombre : La plante s’y plaît beaucoup (c’est une plante de lisière de bois à l’origine). La fructification sera légèrement plus tardive, mais la plante souffrira moins de la chaleur estivale et nécessitera moins d’arrosage.
Le sol idéal
Il redoute deux choses : les sols très calcaires (qui provoquent la chlorose, jaunissement des feuilles) et l’humidité stagnante en hiver (qui fait pourrir les racines). Il prospère dans un sol profond, frais, riche en humus et bien drainé.
La plantation
Plantez de préférence en automne (novembre) ou au début du printemps (mars).
- Creusez un grand trou (40x40 cm).
- Améliorez la terre extraite avec une très grande quantité de compost bien décomposé ou de fumier de cheval (le mûrier est gourmand).
- Espacez les plants d’au moins 2 à 3 mètres (la croissance est exponentielle).
- Étalez bien les racines, recouvrez de terre amendée, tassez fermement et arrosez copieusement (10 litres par pied), même s’il pleut.
Variétés sans épines plébiscitées en bio
- Triple Crown : Gros fruits parfumés, très sucrés. Pousse semi-érigée, l’une des meilleures.
- Thornfree : Variété ancienne très fiable, production massive de fruits acidulés (excellents en confiture). Vigueur impressionnante.
- Navaho : Plus dressée, moins envahissante. Fruits très sucrés et fermes. (Il s’agit d’une mûre géante, souvent palissée sur fils).
- Loch Ness : Très gros fruits précoces (dès juillet), saveur excellente. Facile à palisser.
Le secret d’une récolte maîtrisée : Le palissage
Un mûrier sans épines émet de longues tiges rampantes (les sarments). Si vous les laissez traîner au sol, les fruits pourriront, la cueillette sera difficile et la plante drageonnera partout en s’enracinant par ses pointes (le marcottage naturel). L’installation d’une structure de palissage robuste est la clé absolue de l’entretien.
Quel support choisir ?
Vous avez besoin d’une structure très solide, car la masse végétale est lourde et offre une forte prise au vent.
- Le palissage en éventail sur fils de fer : C’est la méthode de référence pour un rendement optimal en plein champ ou potager. Plantez des piquets (châtaignier ou acacia) de 2m de haut tous les 3 mètres. Tendez 3 à 4 solides fils de fer horizontaux (le premier à 60 cm du sol, les suivants espacés de 40 cm).
- Le long d’un grillage ou d’une clôture : Idéal pour camoufler un mur ou un vieux grillage, à condition que le support résiste au poids.
- Sur une arche ou une pergola : Très esthétique dans les jardins romantiques, cela permet de récolter les fruits par en dessous, bien à l’ombre.
La technique de fixation
Pendant le printemps et l’été, à mesure que les jeunes tiges vertes grandissent, il faut les attacher aux fils de fer de manière espacée (en éventail). Utilisez des liens souples (raphia, osier, liens plastiques souples) en formant un “8” lâche pour ne pas étrangler les tiges qui vont s’épaissir considérablement au fil des ans.
La taille du mûrier : Indispensable et facile
Tout comme le framboisier non remontant, le mûrier a un cycle bisannuel :
- Année 1 : La souche émet de longues tiges vertes et vigoureuses qui grandissent tout l’été. Ce sont les branches végétatives (elles ne portent pas de fruits).
- Année 2 : L’été suivant, ces mêmes longues tiges (devenues ligneuses) produisent des petits rameaux latéraux fertiles qui portent les fleurs puis les fruits. Une fois la récolte terminée en septembre/octobre, ces longues tiges meurent.
La taille s’articule donc autour du renouvellement de ces tiges.
L’intervention estivale (Taille en vert)
Pendant la saison chaude (mai à juillet), l’arbuste est en pleine explosion végétative.
- L’ébourgeonnage des drageons : La souche risque de produire beaucoup trop de jeunes tiges vertes (de remplacement). Ne conservez que les 5 ou 6 sarments les plus forts et vigoureux pour l’année suivante. Coupez tous les autres au ras du sol avec un sécateur.
- L’épointage (Pincement) : Lorsque les nouvelles tiges conservées atteignent environ 2 à 2,5 mètres de long (souvent au niveau du fil de fer supérieur de votre palissage), coupez l’extrémité de la tige (le bourgeon terminal). Cette action va bloquer l’allongement et forcer la tige à s’épaissir et à produire des ramifications latérales vigoureuses, qui seront vos rameaux fruitiers de l’année suivante.
La taille principale de nettoyage (Hiver ou automne)
C’est l’opération la plus importante de l’année. Elle peut se faire dès la fin de la récolte (octobre) ou en plein hiver hors gel.
- Suppression du vieux bois : Repérez toutes les tiges qui viennent de donner des fruits (elles sont grises, sèches, et portent les restes de grappes mortes). Coupez-les strictement au ras du sol. Dégagez-les délicatement du treillage pour laisser place nette.
- Palissage des nouvelles cannes : Prenez les belles cannes vigoureuses de l’année (que vous avez laissées pousser cet été) et répartissez-les harmonieusement en les attachant solidement sur vos fils de fer. Ce sont elles qui produiront l’été prochain.
- Taille des rameaux latéraux : Si ces nouvelles cannes ont fait de nombreuses ramifications latérales très longues, raccourcissez-les avec un sécateur en laissant seulement 3 ou 4 yeux (environ 20 cm). C’est sur ces petits moignons que se développeront les plus belles grappes de mûres au printemps.
Entretien écologique : Nourrir et protéger
Le mûrier est robuste et rarement touché par de grandes maladies cryptogamiques s’il est bien palissé et aéré. Il n’a besoin d’aucun traitement chimique. L’entretien bio se concentre sur le soin du sol.
Fertilisation et amendement
Une plante qui produit autant de biomasse et de gros fruits épuise rapidement son sol. Chaque automne ou fin d’hiver, après la taille de nettoyage, réalisez un apport massif de matière organique. Appliquez une couche de 10 centimètres de compost bien mûr, ou un mélange de fumier composté et de feuilles mortes mortes, sur une surface d’un mètre carré autour de la souche. Griffez à peine pour ne pas blesser les racines.
Le paillage (Mulch) est vital
Dans la nature, la ronce pousse dans l’humus des forêts, constamment à l’ombre de son propre feuillage. Vous devez reproduire cette fraîcheur estivale. Au printemps (avril), par-dessus votre amendement, étalez une épaisse couche de paillis (paille, foin, BRF de feuillus ou tontes de gazon sèches). Un mûrier qui manque d’eau en juillet au moment où les fruits grossissent donnera des mûres minuscules, dures et acides. Le paillage maintient l’humidité et divise la corvée d’arrosage par trois.
Surveiller la concurrence (Le marcottage sauvage)
Attention aux pointes des tiges de l’année qui retombent vers le sol. Le bout de la tige du mûrier (même sans épines) est programmé pour s’enraciner très rapidement dès qu’il touche la terre (c’est le marcottage apical). Si vous oubliez d’attacher une tige, vous vous retrouverez l’année suivante avec un nouveau pied solidement enraciné à 2 mètres de la plante mère, prêt à coloniser le potager. Coupez ou palissez immédiatement toute tige qui s’affaisse !
En respectant ces règles simples de palissage, de sélection des tiges annuelles et de maintien de la fraîcheur du sol, votre mûrier sans épines restera discipliné. Il offrira durant de nombreuses années un rendement fruité exceptionnel, facile à récolter par toute la famille sans la moindre égratignure.